Chapitre 1 – Bienvenue en enfer ou presque

Disclaimer – Tous les personnages de cette histoire sont fictifs et toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes, mortes ou venant d’une autre fiction serait une pure coïncidence.

Hey salut amigo. Comment ça va aujourd’hui ? On se retrouve aujourd’hui pour la suite de mon histoire (il était temps) si jamais tu as lu mon prologue. Je te souhaite une bonne lecture !

Chapitre 1 : Cauchemar

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Portrait Nash // Modèle : Kento Yamazaki // Source image : Pinterest

=> Musique (à écouter pendant ta lecture)

Ratig – 16+ (pour le langage vulgaire)

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Nash ♂♂♂

Flash-Back

Je devais avoir cinq ou six ans. Mon enfoiré de beau-père est revenu, il me terrorisait. Je me cachais derrière la table du salon. Un fracas, l’écho de meubles retournés, des hurlements, ceux de ma mère. Il criait sur maman en lui tirant violemment les cheveux.

– Tu n’es qu’une soumise. Tu n’es qu’une traînée. Il est où ton putain de gosse ?

J’entendais le cri de ma mère :

– Enfoiré, je vais prévenir les médias !

Puis elle sanglotait. Elle se mettait en boule. Je ne pouvais plus supporter ce spectacle. On devrait interdire une telle scène de violence. Je voulais que tout s’arrête, je fermais les yeux.

La voix de mon beau-père, d’un calme annonciateur de violence me fit sursauter.

– Je te le déconseille, à moins que tu ne souhaites finir dans le caniveau. De plus qui t’écouterait ? Tu n’es qu’une putain de soumise. J’ai dit penche-toi sur le canapé !

L’éclat d’un vase ou d’une babiole en faïence se fracassait au sol. Un son creux puis un cri, de douleur cette fois, celui de ma mère.

– Noooon !

– Ta gueule, sale pute !

Affolé, j’avais cogné mes poings contre le pied de la table en chuchotant :

– Maman, maman… !

Puis les insultes cessèrent enfin. Je voyais le visage de ma mère convulsé de rage et de peur, trempé de larmes. Un filet de sang très rouge dégoulinait de son nez. Elle tenait sa chemise de nuit déchirée plaquée contre elle. C’était une vision d’horreur que je ne pourrais jamais oublier.

Je voyais mon beau-père en train de me chercher après avoir remis machinalement son caleçon.

Je me recroquevillais, j’avais peur. Je me demandais ce qui allait se passer. Puis il m’attrapa soudainement par le pied. Je le vis sourire, j’essayais de me boucher le nez. Il sentait mauvais. Il puait le tabac et le whisky.

– Te voilà petit con.

Fin Flash Back

***

Je me relevais brusquement dans un gémissement effrayant, trempé de sueur. Je pensais avoir fermé mon esprit sur ces bribes de mon enfance. Mais il faut croire que mon cerveau tenait à me dire le contraire. Je sentais mon organe vital battre à tout rompre dans ma poitrine. Je me prenais la tête entre les mains. Bordel. Impossible de me rendormir. Et le plus paradoxal dans tout ça, c’est que j’avais peur de me recoucher. Ces souvenirs aussi bouleversants qu’épouvantables ont fait qu’avec le temps, j’ai été diagnostiqué comme narcoleptique.

En essayant vaguement de chasser moult mauvaises ondes, je fixais alors un point imaginaire dans ma chambre tout en faisant défiler les images de la veille dans ma tête.

Je profitais d’un moment tranquille afin de faire le point mentalement. Je me posais pas mal de questions. Notamment sur cet homme bizarre qui m’avait presque assassiné sur place en un regard. D’ailleurs étais-ce un homme ou un jeune homme ? Je peinais à me souvenir de sa tenue. J’étais trop focalisé sur son expression faciale. Je me rappelais juste qu’il était assez grand, autour d’un bon 1m80 si ce n’est plus. Pourquoi me fixait-il ? Qui était-il ? Était-il lycéen lui aussi ? J’avais peut-être laissé la peur parler à ma place quand j’avais prétendu que c’était un meurtrier ou un psychopathe en liberté. Néanmoins, il avait quand même un regard de sociopathe. Je me prenais la tête pour un individu que je ne reverrais peut-être jamais. Mais j’étais curieux et je voulais creuser. Pour le moment, je laissais cette idée en suspens.

Sans compter qu’en rentrant, je me suis disputé avec Aiden en dérivant sur un sujet qui fâche « ma timidité ». Je détestais qu’on me le fasse remarquer, j’en avais suffisamment conscience moi-même.

Sentant que la nuit allait être longue, j’attrapais mon mac et je me connectais sur mon site habituel, Mirror. C’est un site de confession de pensée anonyme. En ce moment, je lisais surtout ce que les autres publiaient. J’avais bien envie d’écrire sur ce site moi aussi mais j’avais vaguement confiance en l’anonymat. Je jugeais mes pensées du moment trop personnelles pour être écrites sur le net.

En scrollant avec ma souris, j’essayais de lire des pensées similaires aux miennes mais rien de très concluant. Il y avait de tout sur ce site. En un quart de seconde, on pouvait passer d’une pensée réfléchie à une pensée morbide. Pour autant, je continuais de consulter tout en lisant des articles sur un autre onglet. Puis je vis une petite fenêtre de chat s’ouvrir. Par réflexe d’avoir le regard un peu partout, celui-ci se focalisa directement sur cette dernière.

– Yin – Sukeban : Toujours pas couché ?

– Nash – Nate : Belle déduction.

Yin, c’est une fille que j’ai connu en jouant sur un RPG MakeStory qui fait toujours fureur sur la toile d’ailleurs. Vu que nos échanges sont toujours derrière un écran, aucun risque de bafouiller ou de perdre mes moyens. On se connaissait depuis quelques années et on était assez proche. Et même si on habitait au Japon tous les deux, on n’avait jamais eu l’occasion de se rencontrer pour de vrai. J’étais trop timide pour ça et elle de son côté était agoraphobe. Elle insistait par moment pour qu’on se voit en voulant lutter contre sa phobie mais je restais catégorique sur ce sujet, je n’avais pas envie. En bref, sur le web on se parlait régulièrement sur Mirror ou Facebook via Messenger.

– Yin – Sukeban : Fait pas trop le malin, je te rappelle que ta rentrée approche.

– Nash – Nate : Ne parle pas de ça ! Et la tienne aussi d’abord.

– Yin – Sukeban : Loupé petit génie, j’ai des cours par correspondance. Et du coup puis-je savoir pourquoi tu ne dors pas ?

– Nash – Nate : Oh arrête t’es pas ma mère.

– Yin – Sukeban : J’aime te titiller.

– Nash – Nate : Ouais bah arrête ça.

– Yin – Sukeban : Si je te vois un jour peut être ! :p

– Nash – Nate : Bravo, on utilise le chantage maintenant ?

Sans même prendre le temps de me répondre, elle était hors-ligne. Elle réagissait toujours comme ça quand elle n’obtenait pas de réponse en essayant de faire des suggestions très explicites. Une vraie réaction d’idiote. Malgré tout, je l’appréciais.

Après cette courte discussion, je fermais et reposais mon mac sur mon bureau. Je n’osais même pas jeter un œil sur mon réveil. Une petite lueur à l’extérieur qui transperçait mon rideau me donna une idée significative de l’heure. En ouvrant mon store, je fus soudainement absorbé par un lever de soleil. Du rouge, du orange et du jaune. Que des couleurs chaudes. Mes yeux pourraient fixer cette grenade de nuances pendant des heures.

Malheureusement, une voix agaçante et un martelage incessant sur ma porte m’empêchèrent de contempler ce spectacle. En ouvrant brusquement la porte, j’hésitais entre hurler ou étrangler mon coloc.

– Putain Aiden, c’est quoi tout ce bordel là ? Tu n’es pas censé dormir ? criais-je.

– Moi aussi, je suis content de te voir. Sinon je vais bien, merci de t’en inquiéter, ça me va droit au cœur.

– Je n’ai plus quatre ans.

– Sauf que je suis plus âgé que toi, donc ne commence pas à faire la forte tête.

Et c’est reparti, je n’étais déjà pas très enthousiaste à l’idée de commencer la journée et il fallait qu’Aiden en rajoute une couche pour me mettre de mauvaise humeur. Sérieusement, je détestais quand il prenait ce ton-là. Depuis qu’il a eu vingt-trois ans, monsieur s’amusait à me traiter comme un gamin et son petit numéro commençait à me gonfler. Je me mordais la lèvre pour essayer de cacher mon énervement.

– Il y a des céréales ou de la gelé de fruit pour le dej si tu veux.

– Aiden, je viens de te dire que j’étais plus un gosse. Je peux me débrouiller tout seul.

– Vu ta taille, pour moi tu seras toujours un enfant, dit-il en riant.

– Tu ferais mieux de compatir à mon malheur au lieu de dire des conneries, fis-je en râlant.

– Je compatis.

– C’est fou ce que l’on sent ton ironie suinter de ta bouche.

– Bon petite tête, va manger. Sauf si tu tiens à ce que je te donne la cuillère ?

– Sans façon. Allez retourne donc te coucher petit branleur.

Malgré son comportement plus que relou, j’aimais bien Aiden. Nos petites disputes matinales mettaient un peu d’ambiance et les voisins vous diront certainement la même chose vu qu’ils faisaient exactement pareil.

Je mangeais avec hâte ayant un appétit assez limité. Une fois dans la rue, je me laissais envelopper par l’air humide de septembre. Ne portant qu’une simple veste, je frissonnais légèrement. J’avais tendance à trop souvent négliger la météo. Je parcourais les rues à vive allure sans pouvoir mettre de l’ordre dans ma tête. J’en profitais également pour maudire Aiden qui était encore dans son lit.

Souvent on me faisait remarquer mon manque de sociabilité, ma nonchalance ou mon air distrait. C’est juste que j’étais constamment dans mes pensées et que ça m’aidait à fuir la réalité l’espace d’un instant. Rien de plus. De toute façon, je trouvais les gens chiants, toujours en train de faire des remarques juste pour tuer un silence ennuyant. D’autant plus que je m’en fichais pas mal. C’est en parti pour ça que j’aimais marcher seul à travers la ville. Je laissais mes pieds me guider et mon esprit se relâchait sans que personne ne vienne me polluer la tête. Et c’est dans cette dynamique que je descendais tranquillement la rue de Yokohama.

Une légère vibration accompagnée d’une sonnerie me fit revenir sur terre. Sur l’écran de mon portable, un message non lu.

Nashou, si tu es encore loin du lycée, ça te dit d’aller boire une boisson chaude ? Genre un chocolat ou un café ? J’ai vraiment froid en ce moment. Bisou. 

Léo. Voilà quelqu’un avec qui j’avais envie de passer ma matinée. Mais je n’étais pas certain d’avoir suffisamment de courage pour bouger dans un café. J’avais juste envie d’aller au lycée pour en finir avec cette foutue rentrée.

Je répondis :

Et si on allait au lycée ensemble ? On pourra toujours aller se boire un truc après la rentrée. Tant que je n’en aurais pas terminé avec cette reprise, je ne pense pas apprécier le calme d’un café. Là, je ne vais pas tarder à passer devant chez toi.

Réponse immédiate :

Ok. J’arrive. 😉

Léo est un ami de longue date. Étant assez réservé, je ne partageais que très peu de centres d’intérêts avec les autres garçons. Puis lui, alors que j’allais à la bibliothèque pour bosser sur un devoir, il s’est installé à côté de moi pour me parler d’informatique, de jeux vidéo, de bouquin et autres activités stimulant le cerveau. Bref, tout ce que j’aimais. En plus, il avait une voix agréable. C’est le genre de mec qui vous met direct à l’aise puis il est toujours passionné quand il parle d’un truc. Je pense qu’il m’inspirait confiance en fait. Depuis ce jour, on est devenu assez rapidement amis. On traînait dans divers cafés ensemble ou bien nous passions des soirées entières à papoter ou jouer à des jeux japonais. En particulier le Mah-jong qui associe tactique, stratégie, calcul et psychologie. C’est depuis ce temps-là que Léo avait pris l’habitude de m’appeler Nashou. D’ailleurs pas mal de gens pensaient qu’on sortait ensemble. Vu que j’aimais bien porter des couleurs assez claires tout comme lui, on était direct catalogué comme gay.

Au début c’était chiant mais à force, on n’y prêtait plus attention. Je ne m’étais jamais posé la question vis-à-vis de ma sexualité. Le genre m’importait peu en réalité. L’amour n’était pas vraiment au centre de mes préoccupations.

En attendant Léo, j’en profitais pour glisser une cigarette dans ma bouche. En fouillant dans les poches de mon pantalon, je trouvais mon briquet et allumais ma clope. La fumée envahissait ma gorge, je la ressentais jusque dans mes poumons, en retenant cette sensation quelques secondes avant de recracher. Je répétais l’action jusqu’à ce qu’elle soit finie et alors que je m’apprêtais à porter mon mégot à mes lèvres pour une ultime bouffée, une main se posa soudainement sur mon épaule ce qui me fit sursauter et cracher à la fois.

– Putain Léo, ne recommence jamais ça. Je vais finir par m’étouffer un de ces jours de ta faute, râlais-je.

– Tu es toujours aussi matinal à ce que je vois, dit-il d’un air joyeux.

– Mh, ça ira mieux après cette fichue rentrée.

Sur le chemin, on se racontait nos vacances et nos centres d’intérêts habituels. J’étais vraiment bien avec Léo. C’est l’ami avec qui je pouvais parler de tout sans m’ennuyer. Même si je n’étais pas pressé d’y remettre les pieds, je prenais le temps d’admirer les grands bâtiments du lycée Yogami. Il avait la réputation d’être le plus beau de la ville d’Osaka. Le vent me fouettait le visage et mes cheveux partaient dans tous les sens. Léo s’arrêtait de temps à autre pour faire des photos du bâtiment. C’était un grand fan d’architecture. C’est vrai que c’était un lycée agréable à regarder.

Quelques mètres plus loin, on pouvait entendre un concert de rires un peu forcés et des conversations bruyantes. Après avoir passé le portail, je voyais que la cours grouillait d’élèves où certains couraient pour ne pas arriver en retard, pour chercher leur classe. Je soupirais, je venais d’arriver au lycée à mon plus grand malheur.

– Allez motive toi un peu Nashou ou on va être en retard, fit Léo en me tirant légèrement sur le bras.

– Ça va, je peux marcher tout seul, soupirais-je.

***

En arrivant dans les couloirs de la classe 2B, certaines personnes qui étaient dans ma classe l’année dernière me faisaient des signes auxquels je ne prêtais aucune attention car ce n’était que de l’hypocrisie. L’année dernière, j’étais vraiment dans une classe où je ne supportais personne. Une classe où il fallait se méfier de tout le monde. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai développé ma passion pour la logique. Chaque jour, je devais réfléchir pour anticiper, pour ne pas rentrer dans leur jeu d’humiliation. D’autres personnes ne cessaient de me dévisager en voyant Léo à côté de moi. A croire que traîner et d’être proche d’un garçon, c’est un crime pour certain.

Une fois en cours, tout s’enchaîna rapidement. Malgré quelques mécontentements, on fut tous placé. Notre prof principale, Fay Okino mais qu’on appelait tous Okino-sensei était une femme assez stricte, qui avait certaines exigences. Elle ne cherchait pas l’excellence mais elle tenait à avoir des élèves disciplinés qui connaissent la définition du verbe « étudier ». Si sa rapide présentation et ses règles ont fait froid dans le dos à quelques élèves, ce n’était pas mon cas. J’avais arrêté d’écouter après avoir entendu son nom. Non seulement, je l’avais eu l’année dernière et surtout les présentations de prof m’ennuyait profondément. Alors à quoi bon tendre l’oreille ?

Sans compter que j’étais au premier rang. Et à ma plus grande déception, j’étais à côté d’une fille. Tout ce que je redoutais. En temps normal, un autre mec s’en serait sûrement vanté, moi non. Je n’étais pas à l’aise du tout et j’avais une soudaine hâte de retrouver mon lit. Je détournais la tête pour éviter d’observer ma voisine. Je savais juste qu’elle s’appelait Suzon Wisla. Au moins, quelque chose me rassurait, elle n’était pas bavarde du tout. Comme ça, je pouvais angoisser dans mon coin. Sur mon cahier, j’avais écrit trois règles que je m’imposais de respecter quand j’étais en contact avec la gente féminine :

  • NE PAS BAFOUILLER
  • NE PAS ROUGIR
  • NE SURTOUT PAS TOMBER AMOUREUX

Et j’avais beau lire ces règles de manière discrète, la deuxième semblait sortir de ma tête, parce que je rougissais constamment dès qu’elle me regardait et c’était agaçant. Pour moi, comme pour elle. Je ne voulais pas qu’elle me prenne pour un vulgaire dragueur cherchant à élargir son tableau de chasse. Je faisais de mon mieux pour éviter de rougir trop souvent mais c’était plus fort que moi. Premier malaise.

Okino-sensei nous demanda par la suite d’écrire une présentation en anglais. Deuxième malaise. J’étais mauvais en anglais. En regardant ma voisine, j’étais encore plus mal à l’aise. Elle avait déjà commencé à noircir sa feuille tandis que moi, j’avais aucune idée de comment commencer. Je détestais parler de moi. J’avais quelques idées mais en français. La rentrée commençait bien, je sentais la matinée pourrie en perspective.

Après avoir longuement planché sur ma feuille blanche tout en tournant mon stylo dans les mains, rien ne me vient. Pas un mot. Sans compter qu’il fallait aussi remplir une fiche de présentation. Je n’étais pas motivé, j’en avais marre de leur fichue fiche d’introduction. J’étais redoublant et la prof me connaissait, pourquoi s’enquiquiner ? Voir dans un coin « profession de la mère » me serra le cœur. Agacé par tout ce travail d’administratif, je tournais encore une fois légèrement la tête vers ma voisine qui avait déjà noircit sa feuille. Et alors que je commençais à reprendre mon stylo pour traduire quelques phrases que j’avais en tête, Suzon tourna brusquement la tête vers moi :

– Tiens prend mon modèle si ça peut t’aider, fit-elle en approchant sa feuille de ma table.

Aucun son ne sorti de ma bouche à cet instant-là. J’ai dû faire un blocage pendant quelques secondes avant de me rendre compte qu’elle m’avait adressé la parole. Sa voix froide et son visage inexpressif m’intimidait. Il me fallu quelques minutes avant de prendre la parole.

– Pourquoi ? répondis-je sans réfléchir.

– Te voir galérer me faisait de la peine, dit-elle simplement.

– Tch, je ne t’ai rien demandé, soufflais-je.

Instinctivement, je restais sur la défensive en me mordant la lèvre. Son comportement m’énervait mais pourtant j’ignorais si c’était ironique ou hautain. J’avais beau la fixer droit dans les yeux, impossible de déchiffrer quoi que ce soit sur son visage. J’imaginais déjà le mien ouvert comme jamais en proie à la panique. Je m’apprêtais à me retourner sans rétorquer lorsqu’elle me donna soudainement un léger coup de coude.

– Détends-toi, je rigole, dit-elle en souriant légèrement.

Cette fille me troublait. Je me sentais déjà noyé dans son regard noisette. J’étais déjà profondément déstabilisé. Super pour un premier jour.

– À ce que je vois, tu as l’air d’avoir quelques difficultés en anglais, fit ma voisine en regardant ma feuille totalement vierge.

Droit au but. Je ne m’y attendais pas. Une chance qu’il n’y eût pas de ramassage.

– Ce mot est faible. L’anglais c’est véritablement du chinois pour moi, fis-je doucement.

Dieu sait pourquoi le silence qui suivit ma réponse me paraissait insoutenable. J’aurais aimé répondre une phrase bien tournée sans bafouillage en faisant preuve d’assurance pour désamorcer ce blanc palpable mais rien ne me vient. J’ignorais totalement ce qu’elle avait en tête. Puis elle souriait de nouveau. Et quand elle réagissait comme ça, j’avais vraiment l’impression de passer pour un crétin.

A mon plus grand bonheur, la sonnerie retentit. Je m’apprêtais à rejoindre Léo mais la prof me fit signe de rester. Je m’attendais à être seul dans la classe lorsque je vis que Suzon était également présente. J’avais un mauvais pressentiment.

Après s’être assuré que plus personne n’était dans la salle mis à part nous, Okino-sensei m’invitait à m’installer sur une chaise en face de son bureau. Et à en juger par son regard, la discussion allait s’avérer sérieuse. Décidément, j’avais du mal à suivre pour un premier jour.

– Nash, j’ai remarqué que vous aviez quelques lacunes en anglais et le programme est assez chargé cette année. Mais vous devez le savoir non ?

Je me doutais bien que cette faiblesse allait me retomber dessus. J’avais précisé que j’étais mauvais. Je soupirais, ce n’est pas comme si je comptais devenir bilingue.

– Hm, répliquais-je sans sourciller.

– Yatsuka ! C’est surtout à cause de cette attitude nonchalante que vous avez redoublé.

Je mourrais d’envie de lever les yeux au ciel mais je me ravisais. Ça serait sans doute la provocation de trop. Elle attendait une réaction mais je n’en fis rien. Elle me dévisageait en me jetant un regard à faire glacer le sang. Pas le mien cependant. Je me retenais de rire, ces tentations d’intimidation étaient tout bonnement ridicule.

– J’ai trouvé un moyen de remédier à ça. Dorénavant, tu prendras des cours avec Suzon qui s’est gentiment proposé. Est-ce que cela te convient ?

– Même si je refusais, vous me laisseriez aucun autre choix, je me trompe ? répondis-je en soupirant.

– Tout juste, répondit-elle sur un ton sec.

L’anglais allait officiellement devenir la matière que je déteste. Okino-sensei me faisait bien savoir qu’elle ne m’appréciait pas particulièrement. En soi, je n’étais pas un mauvais élève mais je n’étais pas un garçon modèle non plus. J’avais toujours eu du mal avec la discipline.

Une fois dans le couloir, je pris le temps de m’éloigner de la salle avant de m’installer contre un mur. Des cours particuliers… Des cours particuliers avec une fille. Ma respiration se coupa. C’était un véritable cauchemar. En regardant mon téléphone, je vis que j’avais un message de Léo.

Nashou, je suis désolé de ne pas t’avoir attendu, j’ai eu un appel urgent de ma mère. Si ça te tente toujours, on peut aller dans un café. Tu as des choses à me raconter. 😊

Immédiatement, je répondis :

On se rejoint au Maid Café ?

Sa réponse ne tarda pas.

Ok, je me mets en route. 

***

Une fois au Maid Café en compagnie de Léo, j’en profitais pour souffler. J’étais revenu dans mon élément, dans un endroit calme. Je n’avais plus cette pression qui m’oppressait. Au diable cette rentrée. J’allais devoir prendre des cours particuliers d’anglais avec Suzon. Elle n’était pas méchante mais j’ignorais si j’allais pouvoir le supporter. Je n’étais vraiment pas à l’aise avec les filles. J’étais incapable de dire le moindre mot sans perdre mes moyens ou avoir des réactions surdimensionnées. J’avais complètement merdé avec Suzon, je l’avais limite snobée à la fin de l’entrevue avec notre prof principale. Durant le cours, j’étais persuadé qu’elle faisait semblant de rire pour éviter que je passe pour un imbécile. Peut-être qu’un jour, j’aurais un peu plus confiance.

– Alors Nashou, elle te voulait quoi la prof tout à l’heure ?

La voix de Léo me tira de mon monologue intérieur.

– Elle m’a pris la tête à cause de mon niveau en anglais alors je vais devoir prendre des cours particuliers avec une fille.

– Ah bon qui ça ?

– Suzon Wisla.

– Tu parles sérieusement ? dit-il en me regardant avec des gros yeux.

– Est-ce que j’ai l’air de plaisanter ? soupirais-je.

– L’année dernière, on m’a raconté des sales rumeurs sur elle. Elle est plutôt du genre insociable.

Suite à cette confidence, je restais imperturbable quelques minutes. Les rumeurs, c’est totalement stupide. Heureusement que c’est un phénomène se basant sur des faits infondés sinon je ne sais vraiment pas où on serait. Peu importe ce qu’on pouvait dire sur Suzon, même si l’idée d’être avec elle m’insupportait légèrement, je me ferais mon propre avis sur sa personne. Cependant malgré mon air absent, Léo continuait de parler sans jamais s’arrêter. C’était un grand bavard.

– Si elle est insociable, alors pourquoi elle aurait pris la peine de me parler ?

– Eh Nashou, c’est une fille. Les filles sont souvent imprévisibles, dit-il joyeusement.

– Je te remercie pour tes précieux conseils, répondis-je sarcastiquement.

– Au plaisir de t’aider mon pote.

– Ce n’était pas un compliment idiot.

Un bref moment de silence surplomba notre conversation. Une serveuse s’avança en direction de notre table. Calepin en main, elle semblait prête à nous écouter. On commandait chacun deux chocolats chauds ainsi que deux caramels macchiato glacé. C’était un nouveau produit sur leur carte et par curiosité avec Léo, on voulait y goûter.

Un peu de liquide chaud allait me faire du bien pour tenter d’oublier mes angoisses. J’avais toujours peur de m’endormir d’un moment à l’autre. Je préférais ne pas y penser.

Léo reprit le fil de la conversation. Heureusement pour moi, il avait arrêté de me parler de Suzon. J’allais être suffisamment mal à l’aise en la revoyant, ce n’est pas pour qu’en plus elle vienne se glisser dans nos sujets de discussion. On apprendra à se connaître et c’est tout.

Pendant qu’il parlait, je vis la serveuse qui s’approchait de notre table avec nos boissons chaudes. J’aimais tellement ce café, à la fois pour sa tranquillité mais également pour son rapide service. Après nous avoir glissé la note dans une coupole, elle s’éloignait en reprenant d’autres commandes de clients qui commençaient à s’impatienter.

Après cette petite dégustation, je reprenais mon chemin vers la droite tandis que Léo le prenait de l’autre côté. Il y avait un tas de choses que je ne parvenais pas à chasser de ma tête. Je repensais à cet homme mystérieux dans le métro, aux cours particuliers… J’optais pour la marche à pied pour éviter les mauvaises rencontres quitte à rallonger un peu mon trajet.

De nouveau à l’appartement, Aiden m’attendait de pied ferme accompagné d’une fille. Je soupirais. Encore une nouvelle conquête. Comptait-il s’arrêter un jour ?

– Bon retour Nashounet.

– Arrête de m’appeler comme ça.

– Oh mais j’en connais un qui a passé une sale journée. Ça s’est bien passé ?

– Ça va oui, ruminais-je.

– D’après ce que j’ai entendu, tu vas prendre des cours particuliers avec une fille. C’est ton premier jour et tu joues déjà les coureurs de jupons !

– Comment tu sais ça ? lançais-je sur un ton plein de reproche.

– J’ai mes sources, répondit-il en esquissant un sourire satisfait.

Je me mis à pousser un profond soupir de désespoir. Je préférais ne même pas compter le nombre de fois où j’avais pu marmonner de rage durant cette journée. Aiden, lui s’amusait à me fixer avec un regard interrogateur et un sourire provocateur. Typiquement le genre de chose qui me faisait péter les plombs. Je lui rendis son regard d’un air exaspéré. Autant avec les filles, j’étais carrément timide mais avec mon colocataire, c’était différent. Mon expression restait sans appel.

Après m’avoir longuement agacé, il ne m’en demanda pas plus étant donné que j’avais utilisé mon quota de parole pour la soirée. Il tourna les talons dans sa chambre en compagnie de cette fille. J’espérais profondément ne jamais devenir comme ça.

Une fois dans ma chambre, je me débarrassais de toutes mes affaires et je sautais sur mon lit. Les bras croisés derrière la tête, les jambes étendues sur mon lit, je nageais dans mes pensées tout en fixant ma fenêtre. Je me rendais compte que j’avais aucun moyen de contacter Suzon à propos des cours. Durant mon entrevue avec Okino-sensei, elle voulait certainement me donner quelque chose mais je m’étais tiré comme un voleur. Quel idiot.

Je poussais un soupir. D’un côté, j’étais impatient car j’allais peut-être avoir de l’assurance avec le temps mais d’un autre ça me faisait chier car je détestais l’anglais. Sans compter que certains élèves de ma classe en profiteraient certainement pour créer des rumeurs en me voyant avec elle. Je voyais déjà quelque chose du genre : Yatsuka avec une fille une première ? Tout ça dans le but d’alimenter leur stupide torchon sur les actualités étudiantes du campus. Je sentais que tout ça allait rapidement m’énerver. M’enfin, ça me prouvera au moins une chose, que les élèves du lycée Yogami sont stupides. Un rien peut devenir le sujet d’une année. Dans quoi est-ce que je me suis encore embarqué ? Bordel, pourquoi il fallait toujours que ce genre de choses n’arrivent qu’à moi ?

To be continued…

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Ainsi s’achève le premier chapitre. Il est très long je te l’accorde amigo mais j’avais quelques descriptions et des personnages à présenter. J’aurais mis le temps à poster ce chapitre mais je souhaite vraiment prendre mon temps pour la réécriture et éviter de te poster un truc tout bâclé. J’espère que tout te plait pour autant ! Que penses-tu du personnage de Nash ?

On se retrouve prochainement dans d’autres articles. Comme d’habitude amigo, tu auras de la lecture en attente avant mon deuxième chapitre. A bientôt !

Novaish. ©

 


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